Courrier Allin Kawsay : un premier bilan de Silvia et Jean

Chers Parents et Amis, (mail du 23.12.21)

A chacune et chacun de vous, joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’année, qui nous préparent à accueillir la nouvelle année avec confiance et espérance.

Après presque 36 ans vécus au Pérou, la moitié de notre vie, Silvia et moi, avons décidé de rentrer en Europe en juillet 2022. Vous pouvez imaginer que ce n’est pas une décision facile. Savoir que nous serons plus proches de nos familles, amis, de nos racines, nous réjouit. Nous sommes en bonne santé, désireux de nous retrouver avec les nôtres, de profiter des forêts, des montagnes et paysages de nos magnifiques pays. Désireux aussi de nous unir à des personnes et groupes que agissent en faveur d’un monde plus juste et pacifié.

Il y a peu de temps quelqu’un nous demandait : Que laisserez-vous au Pérou?

Nous laissons une partie de notre coeur. Les années passées à la paroisse de Coasa, un village lointain de la cordillère des Andes, isolé, sans électricité, avec peu de communication, nous ont profondément marqués. Nous avons eu le privilège de partager la vie de tant de personnes simples, courageuses, joyeuses, aimables. Nous sommes conscients d’avoir reçu beaucoup plus que n’avons pu donner. Ils nous ont accueillis et acceptés, avec nos différences.Ils ont eu de la patience avec nous, faisant tout leur possible pour nous faire sentir à l’aise. Ils nous ont aidé à comprendre et aimer leur culture, à apprendre d’autres manières de voir les choses et de vivre.

Bien sur, nous sommes tristes de laisser de nombreux amis péruviens. Ils vont nous manquer. Ils nous ont ouverts à la sagesse des peuples des Andes et de l’Amazonie, appelée le Bien Vivre. Avec eux, nous avons cherché des chemins pour que leur sagesse si profonde et actuelle, puisse être enseignée à l’école, partagée avec nos pays du Nord. Nous espérons que cet effort puisse continuer.

Nous laissons le foyer d’ados de Coasa, qui a permis à quelques 300 jeunes de terminer dans de bonnes conditions, leurs études secondaires, de trouver un travail digne ou de poursuivre leurs études. Le foyer continue à former des jeunes responsables et constructifs, qui se projettent dans la vie, sans perdre leurs racines et leur identité. Des jeunes conscients de l’importance de prendre soin de la Terre Mère et du bien commun. Le foyer a sauvé et transformé des vies, accompagne des victimes d’abus sexuels et évite que d’autres les subissent. Il en aide aussi d’autres à ne pas être pris par l’alcool. Il aide aussi les parents à comprendre leurs enfants et à améliorer la communication dans la famille.

Nous laissons les Écoles pour la Paix, dans lesquelles, élèves, professeurs, parents, apprennent à détecter différentes formes de violence et à les rejeter, à aborder les conflits de manière constructive, à améliorer la communication. Grâce à elles, beaucoup deviennent plus tolérants, plus solidaires. Ces 10 dernières années, nous avons travaillé avec 43 écoles et collèges. Plus de 2000 professeurs ont amélioré la relation avec leurs élèves. Bon nombre d’entre eux utilisent nos manuels scolaires. 1200 élèves “promoteurs de paix” (faiseurs de paix) se sont formés. Ils ont appris à être médiateurs de conflits. Ils témoignent autour d’eux de l’importance de la paix et du dialogue, du rejet de toute forme de violence.

Une grande enquête que nous avons réalisée, montre que la confiance en soi de nombreux élèves s’est améliorée et en conséquence leurs relations avec les autres élèves. La violence scolaire et les situations de harcèlement ont diminué. De nombreux professeurs le confirment. Le meilleur climat qui en découle, favorise l’apprentissage.